Une Femme Face à Son Époque : Françoise Rosine DELATTRE

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Aujourd'hui, je vais continuer à mettre à l’honneur les femmes. À l’époque, beaucoup de femmes décédaient jeunes, souvent en couche. Les conditions étaient difficiles : pas de suivi médical, pas d’antibiotiques, très peu d’hygiène. Une infection, une hémorragie, ou même une simple fièvre pouvaient devenir mortelles.
Avec les progrès de la médecine, la prise en charge des accouchements a changé, et la mortalité en couche comme la mortalité infantile ont fortement diminué. C'est malheureusement dans ce contexte là que vivaient nos ancêtres.
C’est dans cet esprit que j’ai choisi de mettre à l’honneur et de vous raconter l'histoire de mon arrière-arrière‑grand‑mère paternelle, Françoise Rosine DELATTRE / DELÂTRE. Elle est née le 19 octobre 1857, au domicile de ses parents situé à Montmain, dans le département de la Seine-Maritime. Elle est la fille de Pierre François Joseph DELATTRE, âgé de 39 ans, marchand de cordes et de Aimée Désirée DUVERDRAY, âgée de 33 ans, lingère. Son père déclare sa naissance à la mairie le jour même.
Françoise Rosine est la deuxième d’une fratrie de quatre enfants.

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À l’âge de 3 ans, elle perd son grand‑père maternel Louis Pierre DUVERDRAY, décédé le 28 octobre 1860 à l’âge de 79 ans. À 10 ans, elle perd sa grand‑mère maternelle Victoire Aimée Désirée FAVRÉ, décédée le 18 juin 1868 à l’âge de 71 ans. 
Sur les recensements de la commune de Montmain, pour l'année 1861, je retrouve Françoise Rosine DELATTRE avec ses parents, ses frères et sa sœur au 12 Puits‑Guérard, situé sur le chemin de grande communication n°44 de Darnétal à Lyons‑la‑Forêt. 

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En 1876, elle apparaît encore dans les recensements, toujours avec ses parents et sa fratrie, au même domicile, au 12 Puits‑Guérard, dans la commune de Montmain.
Le 10 février 1877, Françoise Rosine DELATTRE, âgée de 19 ans et ouvrière en filature, épouse à la mairie de Radepont, dans le département de l’Eure, mon aïeul Delphin Alexandre BLAINVILLE, âgé de 26 ans et ouvrier de la fabrique. Sur l’acte, il est indiqué qu’elle vit à Radepont, tout en étant domiciliée officiellement à Montmain. Ses parents sont présents et consentants, ainsi que son frère Ernest RUBIN. 
Grâce à cet acte, je découvre qu’elle sait signer.

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Le 13 janvier 1878, vient au monde son premier enfant, mon arrière‑grand‑père Ernest Auguste BLAINVILLE. Il est né à Radepont, où vivent ses parents. Sa naissance est déclarée dès le lendemain par son père.
Le 3 juin 1879, naît son second fils, Georges Gustave BLAINVILLE. Delphin se rend le jour même à la mairie pour déclarer sa naissance. À cette date, le couple ne vit plus à Radepont mais au hameau de la Vallée à La Haye Malherbe. Françoise est journalière à cette période.
Le 16 mars 1880, Françoise Rosine perd son père, Pierre François Joseph DELATTRE, âgé de 62 ans.
Quelques mois plus tard, le 9 août 1880, toujours à La Haye Malherbe, elle met au monde sa première fille, Victoria Henriette BLAINVILLE, une naissance qui a sans doute apporté un peu de bonheur à la famille après le deuil de son père. Françoise a 22 ans et elle est journalière.

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Le 7 septembre 1882, la famille s’agrandit avec la naissance de Séraphine Augustine BLAINVILLE. Le couple est toujours installé à La Haye Malherbe. Delphin se rend à la mairie dans la journée pour déclarer la naissance.
Je retrouve le couple dans la commune de Heudebouville, le 3 mars 1885, malheureusement avec le décès de leur première fille, Victoria Henriette BLAINVILLE, emportée à seulement 4 ans. 
À cette époque, la mortalité infantile reste très élevée dans la région, et les maladies infectieuses circulent facilement dans les familles à la campagne.
Quelques semaines plus tard, dans les registres d'état-civil, je découvre la naissance de leur fils Henry Gabriel BLAINVILLE, né au domicile conjugal à Heudebouville, le 13 mars 1885. Delphin se rend à la mairie quelques heures après la naissance pour le déclarer. Françoise a 27 ans et est sans profession à cette période.

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Le vendredi 19 février 1886, à deux heures du matin, au domicile familial, Françoise Rosine DELATTRE met au monde son dernier bébé, Eugénie Albertine BLAINVILLE.
Mais ce bonheur est trop court, la petite ne vit que seize heures. Ce même vendredi, à 18 h, elle s’éteint. Delphin déclare son décès à la mairie de Heudebouville dès le lendemain, le 20 février, à 11 h du matin.
À cette époque, perdre un nouveau‑né est malheureusement courant, les infections, le froid, le manque de soins emportent tant d’enfants avant même qu’ils aient eu le temps de vivre.
Dans la nuit de samedi à dimanche, à minuit, c’est Françoise, âgée seulement de 28 ans, qui s’éteint à son tour. À peine 48 heures après avoir donné la vie, elle rend son dernier souffle, dans la maison familiale, laissant derrière elle un grand vide et des enfants orphelins trop tôt.
Son mari, certainement très triste, se présente à la mairie de Heudebouville le 21 février, à 9 h du matin, pour déclarer la mort de son épouse.
Il faut se rappeler d'une réalité terrible à l’époque, mourir en couche est l’une des premières causes de décès chez les femmes, surtout dans les campagnes. Sans médecin, sans hygiène, sans moyens, beaucoup de mères ne survivent pas à l’accouchement. Hélas, Françoise fait partie de ces femmes dont la vie s’est arrêtée là où elle donnait la vie.

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L’histoire de Françoise Rosine DELATTRE est un exemple douloureux qui nous rappelle une réalité réelle à cette époque, mourir en couche était malheureusement fréquent, et beaucoup de femmes ont perdu la vie là où elles donnaient la vie. Voilà le destin tragique de tant de femmes de cette époque.
À travers son parcours, c’est la mémoire de toutes ces femmes que j'honore, celles qui ont affronté la maternité sans soins, sans secours, mais avec courage, celles qui ont donné la vie au prix de la leur. Aujourd’hui, leur histoire continue de vivre grâce à nos recherches et à nos récits. Derrière ces lignes d’état civil, il y a une vie, un espoir, un foyer qui s’éteint trop tôt. 
En racontant leur histoire, on ne change pas leur destin, mais on leur rend enfin la place qu’elles méritent dans la mémoire familiale.
C’est aussi cela, la généalogie : redonner vie à celles et ceux dont plus personne ne parle.


Pour vous situer dans mon arbre généalogique, voici le détail des générations :


4ème génération : Françoise DELATTRE (1857-1886), épouse de Delphin Alexandre BLAINVILLE, 
                                                ↓
3ème génération : Ernest BLAINVILLE (1878-1945) époux de Blanche Charlotte FOURCAMPREY, 
                                                ↓
2ème génération : Julien BLAINVILLE (1921-2005), époux de Louise Lucienne BAILLY,
                                                ↓
1ère génération :   Lucien Albert BLAINVILLE (1956-2001), 
                                                ↓

                                 Natacha BLAINVILLE.



J'aimerais savoir ce que vous pensez de son histoire et si vous avez des expériences similaires dans votre propre famille. 


Partagez vos expériences dans les commentaires ! 








Commentaires

  1. Brigitte Le Roy17 mai 2026 à 08:53

    Bonjour,
    Merci pour ce partage intéressant... Malheureusement dans certains pays, les conditions de vie sont identiques à ce que nos aïeux ont vécus. Votre écriture devrait être lue dans des écoles, dans des maisons de quartier pour donner l'idée d'une passion : la généalogie !

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    1. Bonjour ! Merci beaucoup, c’est vraiment gentil.

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  2. J'ai bien apprécié ce récit effectivement les femmes étaient victimes lorsqu'elles avaient donné naissance à des bambins. J'ai découvert de nouveaux prénoms. Merci pour ce récit J'ai appris de nouveaux prénomsMer

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    1. Merci à vous, quels prénoms avez-vous découverts ? Bonne journée.

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  3. Ex beau frère 🤣17 mai 2026 à 13:06

    C'est top !

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  4. Récit fort intéressant aussi bien pour les descendants de cette généalogie que pour le grand public contemporain qui ignore tout des conditions de vie d'autrefois, conditions qu'on retrouve jusqu'au milieu du XXème siècle encore. Votre récit se lit bien de par la chronologie des faits évoqués et de par le style qui nous emporte vers la suite des événements et des vécus des protagonistes cités.
    Je me mets à écrire l'histoire de ma famille et je vais m'inspirer de votre écrit.

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    1. Merci à vous, je suis flattée que vous puissiez vous inspirer de mes récits.

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  5. J'aurais pu l'écrire également au vu de mon arbre et En construisant celui ci , je pense très souvent à toutes ces femmes jeunes mariées , qui dans le bonheur des épousailles gardaient probablement en tête le grand danger pour elles de devenir maman
    Et je me dis que la nouvelle d'une grossesse devait a la fois être heureuse mais terriblement anxyogène pour les couples .
    Certains hommes ont vu 2 ou 3 , voir plus d'épouses décéder dans ces terribles circonstances....
    Époque difficile marquée par les décès de nourrissons et les décès de mamans en couches ...
    Soyons heureuses d'être femmes a notre époque !!!!

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    1. Effectivement, malheureusement de nos jours cela arrive encore, mais heureusement bien moins fréquemment. Merci pour votre message.

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