Une Vie de Femme au XVIIIe siècle : Marie Marthe DAMOURS
Illustration Généré par IA.
Aujourd’hui, j’ai envie de mettre à l’honneur l’une de mes ancêtres de ma branche paternelle, Marie Marthe DAMOURS. Elle voit le jour le 11 juillet 1709, en été, à Auzouville‑sur‑Ry, dans le département de la Seine‑Maritime. Cette naissance a eu lieu quelques mois seulement après le Grand Hiver de 1709, l’un des plus terribles épisodes climatiques de l’histoire de France, qui a eu un impact important sur les campagnes normandes.
Son père s'appelle Guillaume DAMOURS et sa mère Françoise DELESQUE. Son parrain est Jacques DELESQUE, probablement un parent proche. Sa marraine est Marie DERONNE (ou peut‑être DEROUVE, l’écriture me semble incertaine. Si quelqu’un maîtrise mieux la paléographie, je suis preneuse d’une confirmation).
Marie Marthe DAMOURS a grandi dans une fratrie frappée par le deuil, ce qui, malheureusement, n’était pas rare à l’époque.
Au XVIIIe siècle, la vie des femmes était soumise à la dépendance, d’abord celle du père, puis celle du mari, qui détenait toute l’autorité. Elles avaient très peu de droits, presque pas d’instruction, et leur rôle se limitait à être épouse, mère et ménagère.
Elles étaient tenues à l’écart de la vie publique et des décisions du village. Leur place restait dans le foyer. L’éducation des filles se résumait à la religion, à la modestie et à l’apprentissage des tâches du foyer.
La plupart des femmes travaillaient à la maison, à la cuisine, au soin des enfants, le linge, le jardin, et parfois l'aide aux champs. Dans les familles modestes, elles filaient, cousaient, vendaient de petits produits ou aidaient leur mari dans son métier.
Leur salaire, quand elles en avaient un, revenait entièrement au mari. Elles n’avaient aucun droit politique ni juridique, pas de vote, pas de signature de contrat sans l’accord du mari, pas de gestion de biens. La loi les considérait comme mineures toute leur vie. Leur quotidien se résumait à travailler, prier, élever leurs enfants et survivre.
Le 7 février 1736, à l’église d’Auzouville-sur-Ry, Marie Marthe DAMOURS épouse mon aïeul Berthin BLAINVILLE. Sa mère, Françoise DELESQUE est présente et consentante ce jour, tout comme son frère Guillaume DAMOURS et de son oncle maternel, Pierre DELESQUE.
Grâce à cet acte, je peux savoir qu’elle sait signer, preuve d’une certaine éducation familiale.
Après son mariage, vient la suite logique pour une femme de son époque. Marie Marthe DAMOURS devient mère pour la première fois le 17 juillet 1737, à Auzouville‑sur‑Ry, avec la naissance de Marie Marthe BLAINVILLE, qui décédera en 1796, à 59 ans.
L’année suivante, le 2 décembre 1738, naît Antoinne BLAINVILLE, lui aussi décédé à 59 ans, en 1797. Puis, le 29 mars 1740, elle met au monde Marie Anne BLAINVILLE, décédée en 1795, à 55 ans.
Marie Marthe DAMOURS a connu l’église de son village natal en pleine transformation. Elle a environ 30 ans lorsque l'église change.
Source :
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Transcription :
" Le millésime 1740, gravé sur la pierre au dessus de la petite porte de l'église, et placée pour la (corniche ?), indique qu'en cette année l'église a été réparée "
L’église d’Auzouville‑sur‑Ry a été construite par étapes. Ses parties les plus anciennes datent du XIe siècle, le chœur a été remanié au XVIIe siècle, et la nef a été reconstruite vers 1740. Le porche (1828) et la sacristie (1854) complètent l’édifice actuel.
Le 4 mai 1741, Marie Marthe DAMOURS donne naissance à Berthin Isais Raphael BLAINVILLE, qui vit jusqu’en 1821 et jusqu'à l’âge de 80 ans. Puis, le 3 octobre 1742, arrive Pierre BLAINVILLE qui s’éteint en 1799, à l'âge de 57 ans.
Source :
Transcription :
" Décoration de l'église :
Sur le recto du 6ème feuillets du registre de 1746 est écris : M. Jean Baptiste BAUGEARD curé de la dite paroisse a fait faire à ses dépend la table de l'autel de chœur, par Bernard menuisier à Ry pour le prix de 40 〒 (la livre tournois, monnaie d’Ancien Régime) et elle y placée à la fête de l'assomption de la Saint Vierge dans la présente année 1746. "
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Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cette église : La disparition des pierres tumulaires – Auzouville sur Ry
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Les années passent et la famille continue de s’agrandir, mais Marie Marthe DAMOURS connaît également des moments difficiles.
En 1744, le petit Jean BLAINVILLE voit le jour, mais il ne vit que seulement deux mois.
Le 26 décembre 1745, le lendemain de noël, naît mon aïeul, Étienne BLAINVILLE, toujours dans la commune d’Auzouville‑sur‑Ry.
Le 30 décembre 1747, naît Marie Magdeleine BLAINVILLE, qui s’éteint à peine 15 jours de vie.
Puis viennent deux autres petites filles, Marie Catherine BLAINVILLE, en 1749 et Marie Madeleine BLAINVILLE en 1750, toutes les deux meurent très jeunes, seulement quelques semaines après leur naissance.
Le 25 octobre 1751, un garçon, Louis Joseph BLAINVILLE, apporte un peu d’espoir à la famille.
Le 25 avril 1752, à 42 ans, Marie Marthe DAMOURS perd sa mère Françoise DELESQUE, âgée de 78 ans.
Le 22 juin 1755, naît Léonard Victorin BLAINVILLE, qui est le dernier enfant de la fratrie que j’ai pu identifier à ce jour.
Source :
Au printemps, le 1er avril 1757, en cherchant dans les registres paroissiaux d'Auzouville-sur-Ry, je découvre que les deux derniers enfants, Louis Joseph et Léonard Victorin BLAINVILLE, meurent le même jour.
Ce détail m’a interpellée. J'ai donc cherché s’il y avait eu une épidémie à cette période. Et, j'en trouve bien une en 1755, puis une autre en 1764, mais rien qui correspond exactement à la date de leur décès. Aucun autre enfant du village ne meurt à ce moment‑là, ce qui exclut une épidémie générale.
Alors plusieurs pistes s'ouvrent à moi. La première hypothèse à laquelle je pense est celle d'un accident domestique, ou simplement d' une maladie, comme il en existait tant à cette époque.
Cette double perte me semble donc liée à quelque chose qui a touché uniquement la maison BLAINVILLE.
Marie Marthe DAMOURS a dû survivre à ce drame familial, comme tant de mères du XVIIIe siècle.
Le 14 janvier 1768, Marie Marthe DAMOURS assiste au convoi funéraire de son mari, Berthin BLAINVILLE, âgé de 68 ans décédé dans la nuit au domicile conjugal, à Auzouville-sur-Ry.
Le 18 juillet 1774, elle est présente et donne son consentement au mariage de son fils, mon aïeul Étienne BLAINVILLE qui épouse Marie Magdeleine LAMBERT.
Je remarque sur cet acte que Marie Marthe ne signe pas, mais laisse une marque.
Le 25 janvier 1795, après avoir vécu toute sa vie à Auzouville-sur-Ry, où elle a fondé sa famille avec Berthin BLAINVILLE, Marie Marthe DAMOURS rend son dernier souffle à l'âge de 86 ans.
La déclaration de son décès est faite le lendemain, le 7 pluviôse an III de la République Française (ancien calendrier républicain), à la maison commune d’Auzouville‑sur‑Ry, par son fils Antoinne BLAINVILLE, accompagné de Noël Silvestre QUESNEL, son petit-fils.
En retraçant la vie de Marie Marthe DAMOURS, je vois une femme qui a traversé son siècle dans la discrétion, comme tant d’autres femmes de son époque. Elle a connu les joies, les deuils, les naissances, les pertes, et elle a vu aussi grandir sa famille.
Aujourd’hui, en racontant son histoire, je lui rends simplement l'hommage qu’elle mérite. Elle n’est plus seulement un nom dans un registre, mais elle redevient une femme, une mère, une présence dans notre lignée.
Pour vous situer dans mon arbre généalogique, voici le détail de mes générations :
8ème génération : Marie Marthe DAMOURS (1709-1795), épouse de Berthin BLAINVILLE,
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7ème génération : Étienne BLAINVILLE (1745-1822), époux de Marie Magdeleine LAMBERT,
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6ème génération : Jean Jacques BLAINVILLE (1787-1869), époux de Modeste Désirée RAVETTE,
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5ème génération : Prosper BLAINVILLE (1812-1879), époux de Marie Pauline FILLEUL.
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4ème génération : Delphin Alexandre BLAINVILLE (1850-1925), époux de Françoise DELATTRE,
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3ème génération : Ernest BLAINVILLE (1878-1945), époux de Blanche Charlotte FOURCAMPREY,
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2ème génération : Julien BLAINVILLE (1921-2005), époux de Louise Lucienne BAILLY,
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1ère génération : Lucien Albert BLAINVILLE (1956-2001),
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Natacha BLAINVILLE.
J'aimerais savoir ce que vous pensez de son histoire et si vous avez des expériences similaires dans votre propre famille.
Partagez vos expériences dans les commentaires !

Bonjour je lis toujours vos articles avec autant d intérêt. Vous faites vraiment vivre les membres de votre famille. J espère qu un jour une fois mes recherches avancées je pourrais en faire autant pour faire connaître mes ancêtres à mes petits enfants. Continuez à nous faire découvrir vos ancêtres. Ils doivent être fiers de vous….
RépondreSupprimerMerci beaucoup
Supprimertrès interessant article qui montre toute la difficulté de ces femmes à vivre une vie "normale" . toutes ces grossesses, tous ces deuils !
RépondreSupprimerMerci
SupprimerMerci de nous avoir partager l’histoire de votre aïeule et de la faire vivre à travers vos propos c’est bien plus que des écritures de registres en effet. C’est un bel hommage
RépondreSupprimerMerci
SupprimerMerci très intéressant
RépondreSupprimerMerci à vous
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