Une vie prise dans son époque : Marcel Louis BAILLY

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Aujourd'hui, je vais vous raconter comment s'est terminée la vie de mon arrière-grand-père paternel, Marcel Louis BAILLY. Mais avant tout, je vais vous raconter son parcours que j'ai retracé grâce à mes recherches généalogiques. 
Marcel est né le 11 mars 1901 à Villeneuve-Saint-Germain, dans le département de l'Aisne. Bien que son acte de naissance indique qu’il est né d’un "père inconnu" et qu’il porte le nom de sa mère, Marie Irma BAILLY, la déclaration est faite par Gustave Léoni CONSEILLE, manouvrier, âgé de 44 ans, domicilié au même domicile que la mère de Marcel. 
Toutes mes recherches généalogiques me montrent que son père est bien Gustave, le déclarant. 

Vous pouvez en savoir plus sur en consultant les articles de Gustave et de Marie Irma ici : 

Après sa naissance dans la commune de Villeneuve-Saint-Germain, la famille part vivre à Roucy.
Puis s'installe à Bucy-le-Long, Marcel est âgé d'environ 4 ans. La famille y reste plusieurs années avant de déménager à Venizel, toujours dans le département de l'Aisne. 
Marcel et sa famille y vivent jusqu'à la Première Guerre Mondiale. Cette période est marquée par des tensions et des incertitudes, bouleversant la vie de beaucoup de familles en France et au-delà.
Marcel grandit dans une fratrie nombreuse. Au cours de son enfance, il perd plusieurs frères et sœurs. 

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En 1921, âgé de 20 ans, Marcel est inscrit pour son service militaire. Il est d'abord classé "soutien indispensable de famille". Puis quelque temps après, il est incorporé au 26e bataillon de chasseurs à pied. Son certificat de " Bonne Conduite " lui est accordé. 
Grâce à son matricule, j'ai un petit descriptif physique qui me permet d'imaginer à quoi Marcel ressemblait. Il a les cheveux châtains, les yeux marron, un front couvert, un nez rectiligne, un visage ovale. Il mesure 1,58 m et porte un signe particulier, une petite cicatrice sur la main droite. Son niveau d'instruction est de "3", ce qui correspond à une instruction primaire. 


Après son service militaire, Marcel semble avoir pris ses distances avec sa famille et il quitte le domicile familial. Les conditions de vie après guerre sont peut-être trop lourdes à porter pour lui. 
Sur son matricule, en 1924, il est noté qu’il vit au 16 route de Genas à Villeurbanne, dans le département du Rhône. Je n’ai pas encore découvert ce qu’il faisait là‑bas.
Je retrouve Marcel Louis BAILLY pour son mariage le 21 novembre 1925, à la mairie de Bagnolet, dans le département de la Seine-Saint-Denis. Il a 24 ans, il est journalier, et il épouse Madeleine Ernestine THIBAULT, mon arrière-grand-mère. Sur cet acte, je découvre qu'il vit déjà avec sa future femme et sa belle-famille, au 246 rue Galliéni à Bagnolet. Il est précisé qu'avant, il vivait au 21 quai d'Alfortville à l'hôtel Tanguy. Malheureusement, je ne retrouve aucune trace de sa famille à son mariage, ni sa mère, ni son père, ni aucun frère. Je sais aussi qu'il sait signer. 


Le 8 septembre 1926 voit le jour ma grand-mère, Louise Lucienne BAILLY, dite Louisette. Elle est née au domicile de Marcel, toujours situé avenue Galliéni. Il se rend à la mairie deux jours plus tard pour déclarer la naissance de ma grand-mère. Marcel a 25 ans et il est journalier. 
Vers 1927, Marcel s'installe en Normandie avec sa famille et sa belle-mère, Jeanne Marie VÉDIE.
Le 23 juillet 1928 voit le jour à son tour, Lucien Marcel BAILLY, à la maternité d'Elbeuf, dans le département de la Seine-Maritime, anciennement la Seine Inférieur. Cette naissance est déclarée par la sage-femme Félicie FORNEY. À ce moment‑là, Marcel et Madeleine vivent au 5 rue Léveillé à Elbeuf. À cette même adresse vivent aussi l'oncle maternel de Madeleine, André Jules VÉDIE, et sa famille. Malheureusement, ce bébé décède le 28 janvier 1929, à seulement 6 mois. 
Le 19 novembre 1929, naît à la maternité d'Elbeuf Louis Marcel BAILLY. Le lendemain, Marcel se rend à la mairie d'Elbeuf pour déclarer la naissance de son fils. Il est journalier et la famille vit au 17 rue Élisée Reclus.
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À cette période, la crise économique de 1929 entraîne une chute brutale de l’économie mondiale. Elle touche les familles au quotidien, la baisse du travail se fait sentir, les salaires sont instables, la vie devient plus difficile et il y a beaucoup d’inquiétude. Ce contexte pèse sur les foyers et fragilise les couples.
Le 23 novembre 1930, sa mère Marie Irma BAILLY décède à l'âge de 61 ans à Venizel. Je me demande si Marcel en a eu connaissance.
Entre 1931 et 1932, la famille emménage à Bosc-Roger-en-Roumois, dans le département de l'Eure. Mais peu de temps après, Marcel quitte le foyer familial. Madeleine se retrouve seule avec les enfants, comme me le montrent les journaux.

Vous pouvez consulter l’article concernant Madeleine ici :


Pendant l’été 1932, Marcel, âgé de 31 ans, rencontre Eugénie Amélie GUICHEUX, plus âgée que lui de dix ans. Je me demande souvent comment ils ont pu se croiser, mais ça, je ne le saurai sûrement jamais. 
Cet été là, il a fait très chaud, avec des températures qui sont montées jusqu'à 41,5 degrés. La chaleur était lourde, difficile à supporter et elle pesait sur le quotidien. 

Vous pouvez consulter l’article concernant Eugénie ici :

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Canicule août 1932 à Paris,

Au fil du temps, la situation de Marcel se dégrade. Les journaux me montrent clairement que sa vie bascule en fin d'année 1932, un drame qui a marqué Elbeuf et ses alentours. 
Le vendredi 30 décembre 1932, c'est le jour du drame. Grâce aux archives, j'ai pu retracer tout ce qui s'est passé.
Depuis seulement huit jours, Marcel et Eugénie vivent au 19 rue de Rouen, dans le quartier paisible des Rouvalets à Elbeuf. Avant cet emménagement, Marcel vivait au 42 rue Guynemer. 


Quelques jours avant le drame, le mercredi, vers midi, Marcel se dispute avec Eugénie. Il dit vouloir la quitter à cause de ses remontrances, mais finalement il reste.
Le vendredi vers 15h, Marcel se retrouve en compagnie d'Albert DUTHEIL, âgé de 24 ans, qui est le fils d'Eugénie Amélie GUICHEUX. Marcel et Albert se promènent dans la ville d'Elbeuf. 


Le hasard fait qu'ils passent dans la rue où travaille Eugénie. Marcel a envie de lui dire " Bonjour ", mais il ne le fait pas. Peut-être que la dispute du mercredi n'est pas entièrement passée pour lui. 
Vers 18h30, les deux hommes se retrouvent rue Théodore Chennevière, où ils croisent Eugénie sur le chemin du retour. 


Ils en profitent pour s'arrêter dans plusieurs cafés. Tous les trois boivent environ deux litres de vin. Sur leur route, ils rencontrent Léon VERSON de Caudebec-lès-Elbeuf, un ami d'Eugénie et madame LEPÈRE, une voisine du couple. C'est l'occasion pour eux de s'arrêter encore, mais cette fois au café Voiement, situé rue de Rouen toujours à Elbeuf.
Malheureusement à ce moment, les esprits ne sont plus très lucides. 

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Une conversation qui parle de la femme de VERSON décédé, fait pleurer Eugénie, qui était son amie. Le groupe repart pour un autre café. Dans ce café, Eugénie propose à VERSON de venir voir son nouveau domicile au 19 rue de Rouen, mais il refuse. Eugénie lui répond : 
" Tu viendras nous voir ? Tu venais bien me voir quand j’étais en garni. " 
À ce moment-là, le débitant du café remarque que Marcel devient pâle. Marcel quitte la salle quelques instants. 
Certains journaux pensent qu'il est peut-être allé chercher son revolver à ce moment, mais rien n'est certain.
Vers 22h, tous quittent le café, laissant le couple se disputer. En sortant, Marcel dit à Eugénie : 
" Tu vas écoper, et tout de suite. "
Marcel part en direction d'Orival. Eugénie lui court après et finit par le rattraper. Le couple s'arrête devant l'urinoir, en bas de la rue des Rouvalets. Ils ont dépassé leur domicile, ce qui me laisse penser que Marcel avait déjà pris certaines décisions à ce moment-là. 


La rue est déserte, seul l'épicier Monsieur LAIR, âgé de 33 ans, situé au 13 rue de Rouen, voit la scène et entend une partie de la dispute. Il entend Eugénie dire : 
" Je te dis que j'irais demain chercher un litre de vin, et nous verrons ",
Marcel furieux, pousse Eugénie et la saisit à la gorge. Ensuite, l'épicier croit entendre des injures. 
Puis, Marcel dit à Eugénie : 
" En veux-tu deux ? ",  elle lui répond : 
" Tu es assez vache pour le faire ! "
C'est à ce moment précis que Monsieur LAIR entend quatre coups de détonation.

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Marcel Louis BAILLY tue sa maîtresse, Eugénie Amélie GUICHEUX de deux balles de revolver automatique (6,35mm). La première frôle la joue droite, provoquant une blessure, puis la seconde pénètre la tête par la pommette gauche. Eugénie tombe et mort sur le coup. Son corps est retrouvé allongé sur le dos, perpendiculaire au trottoir et la tête en direction d'Orival.
Quelques secondes après, une autre détonation se fait entendre. Marcel se suicide d'une balle dans la tête,  juste au-dessus de la tempe. La mort est instantanée. Son corps tombe sur celui d'Eugénie. Dans sa chute, une balle perdue part du revolver. 


L'épicier n'a pas pu intervenir tellement la scène a été rapide. Il alerte la police immédiatement. L'inspecteur CAVÉ, qui habite tout près, se rend aussitôt sur la scène de crime. Il voit le revolver près des deux cadavres, gisant dans une mare de sang. Dans le chargeur, il ne reste qu'une seule balle. Il ne peut que constater, avec le médecin MONTEL appelé en urgence, le décès des deux amants.
Un camion de la Société des Produits Chimiques de Grand-Couronne est réquisitionné pour transporter les deux cadavres à la morgue. 
Le commissaire de police LELIÈVRE se résout à clôturer l'enquête.

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En retraçant la vie de mon arrière‑grand‑père, Marcel Louis BAILLY, j’ai voulu comprendre son chemin, ses choix et ce qui a pu le conduire jusqu'à ce drame. Son histoire s'était perdue avec le temps. Pendant longtemps, dans ma famille, on ne savait presque rien de ce qui s’était réellement passé. On disait simplement qu’il s’était suicidé avec Madeleine. Mais les archives me montrent une histoire différente, et bien plus complexe. 
À travers les archives, je découvre une histoire difficile, celle de mon aïeul dont la vie s’est terminée brutalement, laissant derrière lui ma famille marquée à jamais.
Son histoire, comme celle d'Eugénie, fait partie de notre histoire et de notre mémoire familiale, et mérite d’être racontée jusqu’au bout, malgré tout.  

Vous pouvez consulter les articles de presse complets ici :

Pour vous situer dans mon arbre généalogique, voici le détail de mes générations :


3ème génération : Marcel Louis BAILLY (1901-1932), époux de Madeleine Ernestine THIBAULT, 
                                                ↓
2ème génération : Louise BAILLY (1926-1995), épouse de Julien BLAINVILLE,
                                                ↓
1ère génération :   Lucien Albert BLAINVILLE (1956-2001), 
                                                ↓
                                 Natacha BLAINVILLE.


J’aimerais savoir ce que vous pensez de son histoire et si vous avez des expériences similaires dans votre propre famille. 



                                    N’hésitez pas à commenter et à partager cet article.












Commentaires

  1. Bonsoir,
    j'apprécie toujours autant vous lire, car vos récits familiaux sont toujours complets au niveau des renseignements.
    Bonne soirée.

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  2. C est une triste histoire. Par contre c est une chance de connaître l histoire de votre famille. Incroyable de trouver des articles de presse, d ailleurs comment avez vous fait? Par nom? Vous aviez une date? Par situation géographique ? C est tellement enrechissant de connaître l histoire de nos aïeux

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    1. Merci pour votre message.
      Oui, c’est vrai, c’est une histoire triste, mais je suis contente d’avoir pu retrouver ses traces. Pour les articles de presse, j’ai cherché par nom, par date et par lieu dans les archives départementales en ligne. En croisant toutes ces informations, on parvient souvent à retrouver des détails. Sans oublier les actes de naissance, de mariage et de décès, qui nous donnent également des indices pour orienter nos recherches.
      Il faut connaître l’histoire de nos aïeux, même quand elle est difficile.

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  3. Vous et votre famille avez la chance de conter l'histoire de.votre aïeul. D'avoir retrouvé des articles de journaux. C'est certainement très douloureux pour chacun d'entre vous. Nous ne sommes pas là pour les juger. Mais c'est bien de faire la paix avec nos ancêtres et nous-même.
    Quand nous "partons" à la conquête de notre histoire familiale il faut être prêt à rencontrer de belles histoires comme de moins belles !

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    1. Merci beaucoup pour votre message. Oui, ce n’est pas une histoire facile, mais vous avez raison, connaître son passé aide à avancer.

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  4. Très intéressant, j avais aussi un tonton mystère à l histoire émaillée de "on dit " et d'"omerta" ,bon il n y a pas eu de morts ! N empêche que j ai réussi à retracer son parcours,qui n à rien à envier aux "apaches" de la 1ere moitié du 20e siècle

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    1. Merci pour votre message. C’est vrai que dans nos familles, il y a souvent des histoires racontées à moitié, avec du “on dit”. Vous avez eu raison de chercher le parcours de votre tonton, même s’il était compliqué. On découvre parfois des choses surprenantes, mais ça fait partie de nos aïeux.

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