Une Vie entre Avant et Après la Révolution : Jean Louis GRIS

Aujourd’hui, je vais vous raconter l'histoire de mon aïeul maternel, Jean Louis GRIS / GRY. Il est né à Urvillers, dans le département de l’Aisne, le 17 janvier 1772. Dès le lendemain de sa naissance, il est baptisé dans l’église paroissiale du village. Il est le fils légitime de Adrien GRY, charpentier et horloger, et de Marie Anne Margueritte QUENTIN. Le baptême se déroule en présence de son parrain, Jean Louis DUCAUROY, et de sa marraine, Reine Barbe AMY.
Il grandit au sein d’une fratrie assez nombreuse, treize enfants que j'ai identifiés à ce jour, même s’il est possible qu’il y en ait eu d’autres. Parmi eux, quelques‑uns sont morts en bas âge, comme c’était malheureusement fréquent à cette époque.

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Pendant son enfance, la France traverse une période importante dans notre histoire. Le 10 mai 1774, le roi Louis XV meurt, après presque 60 ans de règne. Jean Louis n’a que 2 ans, mais ce changement transforme le pays. Les cloches sonnent dans toutes les paroisses, les offices sont célébrés partout, même dans les petits villages comme Urvillers.

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Le roi Louis XV,
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Un an plus tard, le 11 juin 1775, Louis XVI est sacré à Reims. Jean Louis a 3 ans seulement, mais ce nouveau règne ouvre une période d’espoir pour beaucoup de familles. Dans les campagnes de l’Aisne, les habitants espèrent une baisse du prix du pain, une meilleure gestion des récoltes et un apaisement des tensions.
Pour Jean Louis, encore enfant, ces événements montrent l’époque dans laquelle il a grandi. Une France qui change de souverain et une population qui espère une vie plus stable.

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À l'âge de 6 ans, le 12 avril 1778, Jean Louis perd sa grand‑mère paternelle, Marie Barbe CHÉRY, décédée à l'âge d'environ 70 ans. Elle était la seule de ses aïeux qu’il a connue, les autres sont malheureusement partis avant sa naissance.
L’été 1788, Jean Louis a 16 ans, le 13 juillet survient un terrible orage, l’un des plus violents de la fin de l’Ancien Régime. Après avoir traversé le Sud-Ouest, la tempête remonte vers le nord et atteint la région de l’Aisne. Les témoignages décrivent des rues couvertes de glace, des toitures percées, des arbres arrachés, et surtout des moissons détruites en quelques minutes.

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Dans les villages autour d’Urvillers, les habitants voient leurs champs broyés par la grêle, leurs vignes et leurs vergers abîmés, et une partie de leur bétail blessé. Même si le village n’est pas au centre de la zone la plus touchée, les conséquences se font sentir aussitôt et les récoltes sont perdues, le prix du pain s’envole, etc.
Jean Louis, encore adolescent, vit cette période comme tant d'autres à son époque. La mauvaise récolte de 1788 plonge la France dans des difficultés et alimente la colère des Français. Un an plus tard, cette crise mènera directement à la Révolution Française.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cet orage horrible :

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Pendant cette période de Révolution, je constate que les frères et sœurs de Jean Louis se marient. Pour lui, c’est plus compliqué, car je ne retrouve pas son acte de mariage. Mais tout me laisse penser qu’il s’est marié vers 1798 avec Marie Margueritte Dorothée CHÉRY.
C’est grâce à l’acte de mariage de son fils Jacques Nicolas Antoine Jean Louis GRIS, né le 23 mars 1798, que j’ai pu avancer dans mes recherches.
Enfin, je retrouve officiellement le couple dans les registres de la commune d'Urvillers, Jean Louis déclare la naissance de son fils Adrien GRIS, né le 13 frimaire an VIII de la République Française soit le 4 décembre 1799. Cet acte me donne une information importante sur son métier, Jean Louis est scieur de long.
À 29 ans, Jean Louis déclare la naissance de son fils François Auguste GRIS, né la veille, toujours dans la commune d'Urvillers, le 29 messidor an IX, ce qui correspond à la date du 18 juillet 1801. Sur cet acte, un détail supplémentaire est noté, Jean Louis ne sait pas signer, ce qui nous donne encore un élément de plus sur sa vie.

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Les années passent, et le couple continue d'agrandir la famille, avec la naissance de leur première fille Marie Catherine Saturnine GRIS, née le 18 avril 1803.
Peu avant Noël, le 4 décembre 1803, Jean Louis perd sa mère, Marie Anne Margueritte QUENTIN, âgée d’environ 70 ans.
La petite Marie Catherine Saturnine GRIS décède malheureusement en bas âge, le 20 février 1805.
Cette même année, le 15 août, Jean Louis déclare la naissance de son fils Jean Louis François Bénony GRIS. À ce moment‑là, Jean Louis est manouvrier.
Le 18 avril 1807, naît Pierre Louis GRIS. Jean Louis déclare sa naissance dès le lendemain, toujours dans la commune d'Urvillers. 
Cette même année, le 28 octobre, son père Adrien GRY décède, à l’âge d’environ 71 ans.
Le 22 février 1811, naît son fils Félix Alexis GRIS. Je n’ai malheureusement pas son acte de naissance, mais un autre document m’apporte des informations importantes. 
Quelques mois plus tard, le 27 décembre 1811, Jean Louis déclare officiellement cette naissance. Dans cet acte, j’apprends un détail surprenant. 


À cette époque, la loi était très stricte, toute naissance devait être déclarée dans les trois jours. Et là, sur cet acte, il est précisé que Jean Louis était absent au moment de la naissance. Cette absence explique tout, il ne pouvait donc pas se présenter à la mairie le jour de la naissance dans le délai légal, comme la loi l’exigeait et personne d’autre n’a fait la déclaration à sa place, l’acte n’a été enregistré que plusieurs mois plus tard, quand Jean Louis est enfin revenu à son domicile.
Où était‑il pendant ces derniers mois ?
Le 13 mai 1812, à 40 ans, Jean Louis se rend à la mairie pour déclarer la naissance de son fils Casimir Louis Joseph GRIS. La famille vit toujours à Urvillers.
Le 30 janvier 1814, Jean Louis se rend sans le savoir, pour la dernière fois de sa vie à la mairie d’Urvillers pour déclarer la naissance de son dernier enfant, mon aïeul Pierre Joseph GRIS, né la veille. Jean Louis GRIS a 42 ans et il est charpentier à cette période.

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En 1814, âgé de 43 ans, charpentier et scieur de long, Jean Louis GRIS est arrêté pour vol d’objets mobiliers. L’affaire passe devant la cour d’assises de l’Aisne, qui rend son arrêt officiel le 17 novembre 1814. Jean Louis est donc condamné à cinq ans d’emprisonnement, cinq ans de surveillance, ainsi que 100 francs d’amende et aux frais.


À son arrivée en détention, une fiche est établie. Elle me donne son portrait physique. Jean Louis mesure 1,70 m, il a les cheveux et sourcils châtains, les yeux gris (comme son patronyme), le front rond, le nez ordinaire, la bouche moyenne, le menton rond, le visage ovale et le teint brun.
C’est le seul descriptif que j'ai pu retrouver de lui.


Après sa condamnation, il est transféré à la maison centrale de Melun, dans le département de la Seine‑et‑Marne. C'est un établissement destiné aux condamnés de longues peines. La prison est installée depuis 1812 dans l’ancien hôtel‑Dieu Saint‑Nicolas, sur l’île Saint‑Étienne.
À cette époque, les bâtiments sont encore en transformation, mais la centrale fonctionne déjà bien, il y a de grands dortoirs collectifs, des ateliers obligatoires, une discipline stricte et une surveillance permanente. Les détenus travaillent selon leur savoir‑faire.

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Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cette maison centrale :

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C’est ici, dans cette Maison Centrale que Jean Louis GRIS rend son dernier souffle, le 10 septembre 1817, à quatre heures de relevée, à l’âge de 45 ans. Son décès est déclaré le lendemain par deux témoins, le gardien en chef de l’établissement, et le commissaire aux inhumations.
Malheureusement, Jean Louis ne verra jamais ses enfants grandir, il laisse derrière lui sa femme et leurs huit enfants, dont plusieurs encore jeunes au moment de son départ.

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L'histoire de Jean Louis GRIS/GRY, c’est aussi l’histoire d’un homme que j’ai appris à connaître au fil des archives. Derrière les dates et les actes, j’ai découvert quelqu’un qui a vécu avec ses forces, ses faiblesses, et ses erreurs. Son parcours n’a rien d’extraordinaire, mais il est vrai, il est humain, et il fait partie de ce qui construit ma famille aujourd’hui. 
En rassemblant ces vieux documents, je ne fais pas que raconter sa vie, mais je lui rends sa place, dans notre mémoire familiale.


Pour vous situer dans mon arbre généalogique, voici le détail de mes générations :


7ème génération : Jean Louis GRIS/GRY (1772-1817), époux de Margueritte Dorothée CHÉRY,
                                                ↓
6ème génération : Pierre Joseph GRIS (1814-1889), époux de Véronique Zélie BACQUET, 
                                                ↓
5ème génération : Pierre Joseph dit Frédéric GRIS (1846-??), époux de Hermance GODEFROY,
                                                ↓
4ème génération : Julien Frédéric Alfred GRIS (1874-1936), époux de Marthe RICAUX, 
                                                ↓
3ème génération : Armance Marie Gabrielle GRIS (1895-1982), épouse de Emile Marius BLÉ, 
                                                ↓
2ème génération : Guy BLÉ (1937-1966), concubin de Micheline MEICHELBECK,
                                                ↓
1ère génération :   Corine BLÉ, épouse de Lucien BLAINVILLE, 
                                                ↓

                                 Natacha BLAINVILLE.



J'aimerais savoir ce que vous pensez de son histoire et si vous avez des expériences similaires dans votre propre famille. 


Partagez vos expériences dans les commentaires ! 








Commentaires

  1. En tant que protestant pratiquant pendant les guerres de religion en France, Jean de la Fontaine (1500-1563) et sa femme furent traînés hors de leur maison et assassinés dans la nuit avec leur valet. Leurs trois fils, Jacques, Abraham et un autre, s'échappèrent et prirent la fuite. Jean était mon 10eme-arrière-grand-père, et aucun lien de parenté avec le célèbre poète. Il avait été officier dans la garde personnelle de François Ier, jusqu'à sa retraite sous Charles IX. Lui et son père Gilles s'étaient tous deux convertis au protestantisme. Après le massacre de Wassy, les protestants furent persécutés, ce qui poussa de nombreux huguenots à fuir en Angleterre puis au Canada. Je suis le descendent de son fils Jacques.

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    1. Merci Christian pour votre message. Votre histoire est vraiment touchante, et c’est toujours fort de voir comment nos familles ont traversé des périodes aussi dures.
      Si vous en avez envie, vous pouvez aussi partager vos récits dans le groupe Facebook : Généalogie : Histoire de Famille, on aime beaucoup découvrir les histoires de nos aïeux.

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  2. Votre ancêtre était scieur de long, donc il a pu s'absenter à certaines périodes pour travailler plus ou moins loi. de chez lui, ce qui peut expliquer certaines absences. Il peut d'ailleurs s'être marié avec une jeune femme rencontrée à de telles occasions, d'où un mariage à un autre endroit

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    1. Merci pour votre message. Vous avez raison sur les déplacements liés au métier, mais dans son cas je ne pense pas à un mariage ailleurs, sa femme est née, a vécu et est décédée à Urvillers. Le vrai problème vient surtout des archives de cette période, qui ont été détruites, ce qui explique l’absence de l’acte malheureusement.

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  3. Bonjour, j'adore toujours lire votre histoire de famille qui est très intéressante. Me concernant, je ne saurais pas faire ce que vous faites, hormis chercher les actes, lire et rentrer les renseignements dans mon arbre. Je suis vraiment en admiration devant ce que vous faites. Très bon lundi à vous.

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    1. Merci beaucoup pour votre message. Ça me touche vraiment. Je fais simplement de mon mieux pour raconter leur histoire avec ce que j’ai. Et vous savez, chercher les actes et remplir son arbre, c’est déjà un vrai travail de fond. Très bon lundi à vous aussi. Merci encore.

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