Une Enfance à l’Assistance, un Destin Difficile : Eugénie Amélie GUICHEUX
Illustration Généré par IA.
Aujourd’hui, je vais vous raconter l'histoire d'Eugénie Amélie GUICHEUX. Elle ne fait pas partie de ma famille, mais elle a croisé un jour la route de mon arrière‑grand‑père paternel, Marcel Louis BAILLY. Leur histoire a mal fini, mais avant d’en arriver là, je veux d’abord parler d’elle, parce qu’on ne peut pas comprendre ce qui s’est passé sans connaître le contexte, les vies autour, et la réalité de cette époque.
Eugénie Amélie GUICHEUX est née le 8 avril 1890, au domicile de sa mère, au hameau de Futelaye, commune de Champigny-la-Futelaye, dans le département de l'Eure.
Ses parents vivent séparément au moment de sa naissance, ce qui me montre une situation familiale certainement déjà compliquée. Sa mère s'appelle Joséphine Françoise Césarine DUVALLET, et le père indiqué sur l'acte est Pierre Joseph GUICHEUX.
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Sa naissance n’est pas déclarée par un de ses parents, mais par Léon Jean Louis ROBIN, 33 ans, époux de Julia Florine LANGLOIS, un homme extérieur de la famille. On ne peut pas affirmer quoi que ce soit, mais sa présence à cette déclaration ne me semble pas anodine.
Eugénie est la petite dernière d’une fratrie de cinq enfants.
En 1891, dans le recensement de Champigny‑la‑Futelaye, je retrouve Eugénie dans le foyer de Léon ROBIN, inscrit comme le "Chef de Ménage". Elle vit à cette même adresse, avec sa mère, ses frères et ses sœurs. Le père indiqué sur son acte de naissance, Pierre Joseph GUICHEUX, n’est pas présent dans ce foyer, d'ailleurs ni Julia Florine LANGLOIS, la femme de Léon.
Ce document me montre simplement que dès sa première année de vie, Eugénie est élevée dans un autre ménage que celui de son père officiel, qui, lui vit à Saint-Laurent-des-Bois.
L’enfance d’Eugénie est difficile à suivre dans les archives, mais plusieurs éléments me permettent de comprendre ce qui s’est passé.
Dans le recensement de l'année 1901, sa mère vit toujours avec Léon ROBIN, dans la commune de Champigny‑la‑Futelaye, mais plus aucun enfant n’est à leur charge. Cette disparition totale de la fratrie dans les documents est mon premier indice d’un changement important dans la vie d’Eugénie.
Entre 1891 et 1901, quelque chose s’est passé dans ce foyer.
Pour en savoir plus et en épluchant les archives, je découvre que Léon Jean Louis ROBIN est condamné par le tribunal correctionnel d’Évreux à deux reprises, d’abord pour adultère en 1892, puis en 1898 pour menaces de violence et détention d’armes prohibées.
Ce type de condamnation, associé à un foyer instable, suffisait à l’époque pour que l’administration retire les enfants et les place en nourrice ou en famille d’accueil. Les condamnations de Léon ROBIN correspondent exactement à la situation.
Tout m'indique donc qu’Eugénie a été retirée du foyer avant l'année 1901, et qu’elle a grandi comme enfant assistée, placée hors de sa famille.
Les pupilles du département de l’Eure étaient placées chez des nourrices, contrôlées régulièrement, puis envoyées en apprentissage dès l’adolescence. C’est dans ce système strict et administratif qu’Eugénie a certainement grandi, comme l'indique l’ouvrage d’Alphonse SAVOURÉ‑BONVILLE, inspecteur départemental des enfants assistés, dans les années 1890.
Le 24 août 1904, son père, Pierre Joseph GUICHEUX, âgé de 61 ans, berger de profession, décède dans la commune Bérou-la-Mulotière, dans le département de l'Eure-et-Loir. Sur son acte de décès, il est noté qu'il était domicilié chez le déclarant, Amand Théodore BUISSON, âgé de 50 ans, cultivateur.
En voulant en savoir un peu plus, j'ai regardé dans les archives des tables de successions et d'absences, et sur ce registre, il est écrit "renonciation par la veuve", "certificat d'indigence du 1er mai 1905". Je ne sais pas si Eugénie a connu son père et surtout s'il était réellement son père biologique. Personnellement j'en doute, mais le saurons-nous un jour ?
Le 15 février 1908, à la mairie de Saint-Amand-des-Hautes-Terres, âgée de 17 ans, Eugénie Amélie GUICHEUX, domestique, et officiellement "pupille de l’Assistance publique", épouse Albert Henri DUTHEIL, 26 ans, également domestique et originaire de la commune de Thuit-Signol. Pour autoriser ce mariage Eugénie a dû faire une demande de consentement qui est acceptée et signée, pas par ses parents, mais par monsieur DROUILLY, inspecteur départemental de l'assistance publique de l'Eure, agissant comme tuteur des pupilles de l'assistance publique. Sur cet acte Eugénie sait signer.
En devenant adulte, elle travaille comme domestique puis ménagère, des métiers pénibles, mal payés, réservés aux femmes malheureusement pauvres.
Le 2 décembre 1908, toujours dans la commune de Saint-Amand-des-Hautes-Terres, Eugénie donne naissance à son premier enfant, un fils nommé Albert Henri DUTHEIL.
Le 9 mai 1910, je retrouve Eugénie et sa famille dans la commune de Thuit-Signol, au hameau de la Vallée, elle met au monde son second enfant, Alfred Julien DUTHEIL.
Dans les recensements, de l'année 1911, toujours à Thuit-Signol, le couple vit encore au Hameau de la Vallée.
Malheureusement, pendant la Première Guerre mondiale, je perds complètement sa trace. Ce n’est qu’en 1932 que je retrouve Eugénie, une année qui me semble avoir été particulièrement mouvementée pour elle.
C’est le 23 mars 1932, en parcourant la presse locale, que je découvre une affaire qui a secoué tout le canton. Les villages autour de Thuit‑Signol ne parlaient que de ça. On y raconte un drame survenu dans la maison où vivait Eugénie, un événement qui a surpris tout le monde.
Les articles décrivent une scène violente, un conflit qui a éclaté après des mois de tensions et de brutalités. Et au centre de cette histoire, il y a Eugénie Amélie GUICHEUX, son fils, et l’homme avec qui elle vit, qui se nomme René DUCABLE.
Un homme qui boit trop et qui se montre violent, aussi bien avec elle qu’avec son fils, Albert DUTHEIL. L’ambiance dans la maison est lourde, tendue, et tout le monde le sait dans le village.
En mars, tout éclate. Une dispute violente a lieu dans un café à Elbeuf. René frappe Albert devant témoins. La police intervient, mais rien ne s’arrange. René rentre encore plus énervé, après avoir été détenu deux heures par l'inspecteur de police PHILIPPEAU, et la tension continue jusque dans la maison. Albert, épuisé par des mois de brutalités, finit par se procurer un revolver. Il dit vouloir seulement faire peur, mais ce jour‑là, tout dérape. Une nouvelle altercation éclate, René le provoque encore, et Albert tire.
René est grièvement blessé. Il prétend d’abord s’être tiré dessus lui‑même, mais l’enquête montre vite la vérité. Il meurt quelques mois plus tard, en septembre. Avant de mourir, il reconnaît les violences qu’il a infligées et pardonne Albert dans une lettre. Lors du procès, Albert est acquitté.
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C’est dans ce contexte compliqué qu’elle croise la route de mon arrière‑grand‑père.
À la fin de l'année 1932, Eugénie est âgée de seulement 42 ans et vit rue de Rouen à Elbeuf, avec Marcel Louis BAILLY, mon arrière-grand-père paternel. Leur vie semble instable avec beaucoup d’alcool, de disputes, et une ambiance tendue que tout le quartier des Rouvalets remarque.
Le 30 décembre, après une journée agitée, une dispute éclate dans la rue. Peu après, des détonations sont entendues. Quand la police arrive, Eugénie et Marcel sont retrouvés sans vie.
Pour en savoir davantage sur les derniers instants d’Eugénie, un peu de patience. L’article consacré à Marcel est en cours d’écriture et sera publié prochainement.
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Généré par IA
Son histoire se termine brutalement, mais elle mérite d’être racontée. Placée très jeune comme pupille, elle grandit sans stabilité, toute sa vie commence dans le manque, la précarité et l’absence de soutien. En écrivant sur Eugénie, je comprends mieux ce qu’elle a vécu. Sa vie n’a pas été simple, mais elle fait partie de notre histoire, et elle mérite au moins d'être connue.
J'aimerais savoir ce que vous pensez de son histoire et si vous avez des expériences similaires dans votre propre famille.
Partagez vos expériences dans les commentaires !
Bien triste histoire qui hélas n'était pas unique à cette époque. A la pauvreté se mêlait souvent l'alcool, s'ensuivait la brutalité. Le manque d'argent était récurrent et l'histoire se répétait avec les enfants. Malheureusement aujourd'hui encore il y a des cas comme celui-ci, bien difficile de conserver sa dignité lorsque l'on manque de l'essentiel et que l'enfance n'a pas été entourée d'amour et de stabilité...
RépondreSupprimerMerci pour votre message. Oui, ce genre de situation arrivait souvent à cette époque, et comme vous le dites, certains schémas existent encore aujourd’hui. Mais on n’en parle pas suffisamment, c’est aussi pour ça que j’ai voulu raconter cette histoire.
SupprimerVotre récit est très intéressant et aussi très triste en même temps. Et oui, il fallait le début pour bien comprendre. Merci pour cet échange.
RépondreSupprimerMerci à vous !
SupprimerEncore bravo pour cette histoire triste et brutale qui nécessite beaucoup de recherches intéressantes et passionnantes. Malheureusement, la vie de cette époque pourrait être racontée aujourd'hui dans certains foyers. En ce qui me concerne, j'ai entendu la souffrance qu'a subie l'une de mes aïeuls dans les mêmes années. Peut-être que les conditions de vie de l'époque ont entraîné ce genre de situation (alcoolisme, emploi difficile, manque d'argent, etc.).
RépondreSupprimerMerci pour votre message. Oui, les conditions de vie durant la période entre les deux guerres mondiales étaient particulières, beaucoup de familles ont traversé des situations difficiles, et les gens vivaient dans la peur.
SupprimerJ'adore !
RépondreSupprimerMerci !
SupprimerBravo pour vos recherches ! C'est beaucoup de travail au service d'une belle idée.
RépondreSupprimerMerci beaucoup !
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