Une Vie de Courage et de Secrets : Jeanne Marie VÉDIE

Aujourd'hui je vais vous parler de mon arrière-arrière-grand-mère paternelle, Jeanne Marie VÉDIE. Elle est née le 07 mai 1880 au domicile de ses parents, rue de Rouen à Elbeuf. Elle est la fille de Ernest Pierre VÉDIE et de Marie Angèle NOUVEL. Son père s'empressa de la déclarer à la mairie d'Elbeuf, il est accompagné de son beau-frère Joseph NOUVEL, âgé de 28 ans. Jeanne est l'aînée et la seule fille d'une fratrie de garçons. 

Source : 
Acte de naissance de Jeanne Marie VÉDIE. 

Au printemps 1889, à peine âgée de 8 ans, elle doit faire face au divorce de ses parents, un évènement assez rare pour l'époque.
Peu après Noël, le 28 décembre 1889, sa grand-mère paternelle Marie Héloïse Clotilde COUSIN, âgée de 78 ans, décède. 
Dans les recensements de l'année 1891, Jeanne Marie VÉDIE est âgée de 11 ans. Elle vit seule avec son père, au 9 rue Camille Randoing à Elbeuf. À cette période, je n'ai pas trouvé de traces de ses frères. A-t-elle grandi avec eux ? 
Quelques jours avant Noël, le 21 décembre 1898, sa grand-mère maternelle Pascalie Célinie MARTIN décède à l'âge de 68 ans.

Source : 
La couturière, 
Google Image. 

Quelques mois plus tard, le 07 mars 1899, Jeanne Marie VÉDIE, âgée de 18 ans, couturière de profession, donne naissance à son premier enfant. Une fille nommée Hélène Georgette Augustine VÉDIE. L'enfant est née d'un père non dénommé, et c'est la mère de Jeanne qui se charge de déclarer cette naissance à la mairie d' Elbeuf. À ce moment, Jeanne vit avec sa mère, rue Lefort. 
La semaine suivante, le 15 mars, Jeanne Marie VÉDIE se rend à la mairie d' Elbeuf pour y faire une reconnaissance (doc.1). Elle déclare être la mère de l'enfant et assume cette maternité seule. 

doc.1 : Source : 
Acte de reconnaissance de Hélène Georgette Augustine VÉDIE. 

Le 22 mars 1902, Jeanne Marie VÉDIE donne de nouveau le jour à une petite fille, qu'elle appelle Jeanne Fernande VÉDIE, qui est également née de père non dénommé. La naissance est déclarée par la sage-femme Léonie GIROLLET, qui a assisté à l'accouchement. Jeanne est domestique, plus précisément nourrice, à cette période, elle vit au 27 rue Lemercier au 17e arrondissement de Paris (doc.2). Le 9 avril de la même année, elle se rend à la mairie pour se déclarer mère de l'enfant, accompagnée de son amie Philomène COTTAIS, qui réside également au 27 rue Lemercier à Paris 17ème. 

doc.2 : Source : 
Delcampe.net.

Le 03 novembre 1904, Jeanne se rend dans la clinique TARNIER (doc.3), située 89 rue Assas au 6e arrondissement de Paris, pour y accoucher de mon arrière-grand-mère, Madeleine Ernestine VÉDIE, le père est non dénommé également. Jeanne est domestique et vit au 20 rue Copernic à Paris 16ème (doc.4). 

doc.3 Source : 
Google Image.
 Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cette Clinique :  Hôpital Tarnier (FranceArchives) 

doc.4 : Source : 
Google Image.

Le 25 mars 1905, Jeanne Marie VÉDIE se rend à la mairie du 6e arrondissement de Paris, accompagnée de Marie SULLIVAN, femme LYNIS, domiciliée à la même adresse que Jeanne Marie au 8 rue Volney à Paris 2ème. Elle déclare se reconnaître mère de mon aïeule, Madeleine Ernestine. 
Quelques mois plus tard, le 27 juillet je retrouve sa trace dans les registres de Paris 12ème, sur la déclaration de décès (doc.5) de sa fille, Jeanne Fernande VÉDIE, Jeanne Marie est domestique et vit toujours au 8 rue Volney à Paris 2ème. 

doc.5 : Source : 
Acte de décès de Jeanne Fernande VÉDIE. 

Le 18 mai 1907, à la mairie du 16e arrondissement de Paris, Jeanne Marie VÉDIE, âgée de 27 ans, travaillant comme porteuse de pain, domiciliée au 2 Avenue Bugeaud, Paris 16ème, épouse Quintien CLÉMENT, jardinier de métier, âgé de 49 ans, soit de 22 ans son aîné, veuf en première noce de Thérèse RETROU. 
Son père fait le déplacement d'Elbeuf pour être présent et consentant ce jour. Quant à sa mère, elle donne son accord par acte passé chez le notaire.


Source : 
Google Image.

Coup de théâtre ! Le 19 mai 1912, peu après 10h du matin, un homme nommé Louis Auguste THIBAULT se rend à la mairie de Montreuil-sous-Bois, dans le département de la Seine-Saint-Denis, et se déclare officiellement être le père de Hélène Georgette Augustine VÉDIE et aussi de mon arrière-grand-mère, Madeleine Ernestine VÉDIE. De ce fait, elles héritent du patronyme " THIBAULT ". Je me demande comment Jeanne Marie a réagi à cette situation, même si j'ai une petite idée sur cette histoire. 

Source : 
Acte de Reconnaissance, 

Les années passent, et la Première Guerre  Mondiale s'installe, plongeant les gens dans la terreur. Dans ce contexte, Jeanne Marie VÉDIE perd un frère, Parfait Ernest VÉDIE, âgé de seulement 37 ans, Mort pour la France, un sacrifice qui montre la dure réalité de cette époque. Au fil des ans, je perds complètement la trace de Jeanne Marie. Que pouvait-elle faire durant toute cette période ? 
En 1920, au mariage de sa fille, Hélène Georgette Augustine THIBAULT, Jeanne Marie donne son consentement par acte authentique. Elle vit au 27 Avenue de la République à Saint Mandé département du Val-de-Marne, sans autres précisions. Cet acte me laisse penser qu'elle vit avec Louis Auguste THIBAULT
Mes recherches me mènent finalement à l'acte de décès (doc.7) de son mari, survenue le 21 juin 1924 à Paris 20ème. Ce qui me surprend, c'est qu'il est noté comme veuf de Marie Louise CADIOU, ce qui me semble étrange, et aucune mention de Jeanne Marie VÉDIE n'apparaît. Cela me questionne. Ont-ils divorcé ? S'est-elle enfuie avec son amant ? Ou s'est-elle cachée à cause d'un mari violent (doc.6) ? Je me demande ce qu'elle a pu vivre durant cette période, et si je parviendrai un jour à découvrir cette partie de son histoire. 

doc.6 : Source : 
Drame survenu avec sa première femme Thérèse RETROU. 

doc.7 : Source : 
Acte de décès de Quintien CLÉMENT.

Je retrouve enfin officiellement sa trace à Bagnolet, le 21 novembre 1925, à l'occasion du mariage de sa fille, mon arrière-grand-mère, Madeleine Ernestine THIBAULT, avec Marcel Louis BAILLY, mon arrière-grand-père. Jeanne Marie VÉDIE est présente et consentante, accompagnée de son amant, Louis Auguste THIBAULT. À ce moment, elle est chiffonnière de profession et réside au 246 Avenue Galliéni, dans le département de la Seine-Saint-Denis. Ce qui me surprend, c'est qu'elle apparaît sur l'acte comme vivant avec Louis Auguste. La famille est donc réunie pour cet évènement.
Entre 1926 et 1928, Jeanne Marie VÉDIE retourne s'installer en Normandie. 
Le 28 janvier 1929, Jeanne Marie se rend à la mairie d'Elbeuf pour déclarer le décès de son petit-fils, Lucien Marcel BAILLY. Cet acte (doc.8) révèle qu'elle vit avec sa fille et son gendre au 17 Élisée Reclus. Sur ce document administratif, elle signe en tant que Jeanne VÉDIE. 

doc.8 : Source : 
Acte de décès en ma possession. 

Sur le recensement de l'année 1931, elle vit au 9 rue Léveillé, et comme l'indique son acte de naissance, elle se fait appeler " Dame CLÉMENT ", ce qui me laisse à penser qu'elle s'est définitivement séparée de Louis Auguste THIBAULT durant cette période.
Le 1er avril 1935, Jeanne Marie VÉDIE se rend à la mairie d'Elbeuf, où elle a la lourde tâche de déclarer le décès de sa fille Madeleine Ernestine, mon aïeule, qui n'avait seulement que 30 ans. Sur cet acte (doc.9), elle signe " J.VÉDIE CLÉMENT ". 

doc.9 : Source : 
Acte de décès en ma possession. 

Face au décès de sa fille Madeleine Ernestine. Jeanne Marie VÉDIE se retrouve à prendre une décision importante. Ses petits-enfants, Louise et Louis BAILLY, se retrouvent orphelins et sur le point d'être placés à l'assistance publique. Jeanne Marie a alors choisi d'élever Louis. Pour Louise, c'est son frère, André Jules VÉDIE qui en a la responsabilité. Ensemble, ils s'efforcent de donner à Louise et Louis l'affection et le soutien dont ils ont besoin pour surmonter cette épreuve si jeune. 
En 1936, je la retrouve sur le registre de recensement, vivant sur les Hauts de Cléon, avec Gustave GUILLAUME. Jeanne Marie VÉDIE a refait sa vie, tout en continuant d'élever son petit-fils Louis.  

Source : 
Recensement. 
Le 11 juin 1939, Jeanne Marie, âgée de 59 ans, dit adieu à son père, qui avait 87 ans. Deux ans plus tard, le 18 février 1941, en plein cœur de la Seconde Guerre Mondiale, elle doit aussi enterrer sa mère, âgée de 81 ans.
Le 20 juillet 1946, un jour heureux, ma grand-mère, Louise BAILLY qui est la petite-fille de Jeanne Marie VÉDIE, épouse mon grand-père Julien BLAINVILLE. Jeanne Marie, étant la seule aïeule encore en vie, elle est présente et consentante à cette cérémonie, également André VÉDIE et sa femme Marie sont présents et témoins ce jour. Jeanne Marie atteste sous serment qu'elle ne connaît pas la résidence actuelle de l'aïeul paternel de Louise et qu'elle n'a pas eu de nouvelles de lui depuis 1904. Je reste vraiment perplexe de ce serment. 
Les années passent, et Jeanne Marie VÉDIE a le bonheur de voir ses petits-enfants grandir et devenir parents à leur tour. 
Le 14 février 1953, son petit-fils, Louis BAILLY, épouse Mauricette Suzanne BERCELLA. À 72 ans,  Jeanne Marie VÉDIE est présente et consentante pour cette cérémonie. Ce moment précieux montre l'importance des liens familiaux qu'elle a construits au fil des années. 
L'année 1957 a dû être particulièrement difficile pour Jeanne Marie. Elle perd son dernier frère le 4 février, à l'âge de 74 ans. Seulement deux mois plus tard, elle doit faire face à un nouveau chagrin. Le décès de son compagnon, Gustave Romain Charles GUILLAUME, avec qui elle a élevé Louis. Après plus de 20 ans de vie commune, il s'éteint à l'âge de 71 ans. 

Source : 
Cette photo provient de ma grande cousine Monique BAILLY, qui a rejoint nos aïeux l'année dernière. 
Jeanne Marie VÉDIE se trouve tout à gauche sur cette photo.
Copie de la photo originale ci-dessus,
Ci-dessous, photo retouchée par IA.  


Après ces moments difficiles, Jeanne Marie se retrouve dans une situation complexe. Elle devient aveugle et paralysée des membres inférieurs. Bien qu'aucun diagnostic formel n'a été fait, je pense qu'elle a fait un AVC. Son petit-fils, Louis garde en mémoire les souvenirs de sa grand-mère maternelle qui l'a élevé. Il décide donc de l'accueillir chez lui afin qu'elle puisse passer ses derniers jours entourée des siens, où l'amour et le réconfort sont présent, loin de la solitude. 
Jeanne Marie VÉDIE, âgée de 90 ans, s'éteint le 27 novembre 1970 à l'hospice d'Elbeuf. Elle résidait chez son petit-fils à Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Son décès est déclaré le lendemain matin à la mairie d'Elbeuf par Louis BAILLY, qui a toujours été à ses côtés. 

L'histoire de Jeanne Marie VÉDIE traverse presque un siècle d'histoire française, comme les épreuves des deux Guerres Mondiales. Elle a veillé sur trois générations de ma famille. C'est une femme indépendante et courageuse. Elle a connu le courage maternel et de grands bouleversements personnels. Jeanne Marie VÉDIE a été le pilier de ma famille, et elle laisse derrière elle un héritage d'amour et de force qui continue de nous inspirer. 



Pour vous situer dans mon arbre généalogique, voici le détail de mes générations :                            
                  
4ème génération : Jeanne Marie VÉDIE (1880-1970), concubine de Louis Auguste THIBAULT, 
                                                
3ème génération : Madeleine Ernestine THIBAULT (1904-1935), épouse de Marcel Louis BAILLY, 
                                                
2ème génération :  Louise Lucienne BAILLY (1926-1995)
, épouse de Julien BLAINVILLE,
                                                
1ère génération :   Lucien Albert BLAINVILLE, 
                                                
                                 Natacha BLAINVILLE.




J'aimerais savoir ce que vous pensez de son histoire et si vous avez des expériences similaires dans votre propre famille. 


Partagez vos expériences dans les commentaires ! 







1880

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